
lundi 24 septembre 2007
Benjamin Biolay
A écouter en boucleSon interview sur evene :
Célèbre et célébré pour ses collaborations diverses (Julien Clerc, Henri Salvador, Juliette Gréco, Elodie Frégé), Benjamin Biolay livre ce mois-ci 'Trash Yéyé', son quatrième album. Porté par le tube 'Dans la Merco Benz', ce disque s’annonce, à n’en point douter, comme un des succès de la rentrée.
"Quand un artiste peint une toile, il ne passe pas trois semaines à parcourir le monde pour commenter son oeuvre devant les médias", a dit Robert De Niro. Comment vivez-vous la promotion de votre album ?
C'est une obligation, par moments ça va être une discussion plaisante, donc il faut le prendre comme tel. Evidemment il faut éviter de dire des conneries, ce qui n'est pas vraiment ma spécialité… Ça permet aussi de faire des rencontres et puis ça fait un emploi du temps, on a l'impression d'avoir un vrai travail !
Comment s'est déroulée la phase de composition de ‘Trash Yéyé’ : accouchement difficile ou plus facile que les précédents ?
Quelle est la spécificité de cet album par rapport aux autres ?
C'est la continuité du précédent que j'ai toujours vu comme une sorte de “diptyque”, même si c'est un terme un peu ampoulé... Pour moi c'est un peu le tome 2 de 'A l'origine' : il y a une légère cohérence par rapport au précédent. Sinon, chaque album est une aventure unique, même si ça ne s'entend pas forcément… Les gens ont parfois l'impression d'une continuité, mais c'est quand même un état d'esprit différent. Après, on est toujours la même personne, la même voix et on a toujours la même façon de voir les choses.
Vous composez d'abord et écrivez ensuite, ou le contraire ?
Je compose d'abord. J'ai toujours travaillé de cette façon-là, mais je le déplore parce que c'est plus facile d'écrire un texte d'abord, et se laisser ensuite aller par la narration. La chanson, c'est quand même une forme assez compliquée. J'ai beaucoup écouté de musique anglo-saxonne et il se trouve que je travaille comme la plupart des Anglo-Saxons qui, contrairement à ce qu'on croit, chantonnent d'abord un yaourt tout pourri avant de vraiment faire un texte en anglais. Moi aussi, j'ai un peu ces techniques-là. Souvent j'ai juste une idée de titre, ou même de "scénario" si on peut employer ce mot.
Un petit mot sur deux de vos anciens titres : ‘Los Angeles’ et ‘Rose Kennedy’. Traduisent-ils votre fascination pour les Etats-Unis ?
C'est vraiment motivé par des raisons artistiques. Pas seulement littéraires mais aussi musicales, cinématographiques, picturales... Je suis un grand fan d'Hopper par exemple. Je me rappelle, petit, avoir eu des flashes en voyant le président Kennedy, Mohammed Ali, Elvis, Brando, Hemingway… J'ai une fascination pour cette Amérique très européenne. En même temps, j'ai une grande passion pour la culture afro-américaine. Donc cet intérêt est aussi esthétique, j'aime beaucoup les richesses naturelles qu'offre ce pays : le Grand Canyon, les chutes du Niagara, c'est un truc de dingue. C'est un pays qui me fascine et me dérange à la fois, voire me dégoûte, et ce n’est pas près de passer. Même si, en ce moment, ma cote d'amour est faible comparativement à ma cote de haine, je reste très intéressé par ce pays et j'y vais de temps en temps…
Un autre de vos titres : ‘Négatif’. Cela correspond-il à votre vision de la vie ?
'Trash Yéyé', c’est un style que vous souhaitez créer ?
Pour moi, ça existe depuis longtemps : je n’ai pas inventé ce style, c'est Morrissey, le chanteur de The Smiths. Historiquement il adorait Sandie Shaw, qui est quand même une chanteuse yéyé ou bien je ne m'y connais pas en yéyé ! Les Smiths, ça a toujours été des titres assez rythmés, une ambiance assez sucrée, et même des riffs assez dansants. Une voix très lyrique qui balançait des sentences abominables, définitives, lapidaires, insoumises, très antisociales, parfois anticléricales. C'est lui le dieu du “trash yéyé” !
'Dans la Merco Benz', c’est un hommage à NTM ?
Vous travaillez pour des artistes très variés. Est-ce que le processus de création diffère de celui de vos albums ? Les chansons que vous composez pour les autres, pourraient-elles avoir leur place sur vos albums ?
Non, pas du tout, ce n'est pas la même façon de penser. Sans décider "A 16h30 je vais composer une chanson pour untel", car ça ne marche pas comme ça. Je peux me dire grosso modo "Je vais écrire une chanson pour telle personne", mais je ne peux pas me dire "Tiens je vais m'en faire une petite". Je ne peux pas me projeter de manière aussi concrète. Quand c’est pour moi, c'est plus empirique, des petits bouts de trucs que j'écris, que je compose, que je recolle : c'est un grand bordel, mes albums ! Ils sont souvent plus expérimentaux que ce que je fais avec les autres. On m'appelle plus souvent pour des chansons et pour un son que pour un grand voyage musical.
Avez-vous des artistes "coup de coeur" parmi les artistes français ?
Vous vous revendiquez socialiste, comment on vit ça sous l'ère Sarkozy ?
Il n'y a pas grand-chose à dire… Et puis ce ne serait pas en tant que socialiste mais en tant que citoyen. Pour l'instant c'est l'ébauche, ils font la maquette et on attend le disque, mais il ne va pas être terrible…
Et l'engagement, comment l’envisagez-vous ?
Et l'engagement en tant qu'artiste…
Ça n'existe pas, l'engagement en tant qu'artiste. On peut être moral, mais on ne peut pas être politique, c'est trop complexe, c'est trop vaste, on tombe immédiatement dans le manichéisme primaire. Surtout dans une forme d'art ou d'artisanat comme la chanson qui est quand même très formatée : on ne peut pas faire de la politique en trois minutes avec des contraintes rythmiques, mélodiques…
Vous êtes en train de vous lancer dans le cinéma en tant qu'acteur : c'est le hasard des rencontres ou une envie qui mûrissait depuis longtemps ?
J'ai toujours adoré le cinéma et, si j'avais demandé, ç'aurait été plus comme scénariste ou réalisateur. Mais là, c'est le hasard des rencontres et les vertus du travail : au début je n'étais pas partant parce que je pensais que je n’en étais pas capable mais on a beaucoup travaillé, beaucoup répété et du coup ça me plaît énormément. Je découvre un truc, faire l'acteur. Je veux le faire bien...
MyImpact, une vision du monde
MyImpact´s mission is to inspire and enable people and solutions that have a positive impact on the sustainable quality of life :
After investing a couple of years in ourselves and enjoying
a pretty much sorrow free life in beautiful Switzerland, we feel like it’s time to see the world from more perspectives and also start giving back. Questions like “What are we here for?”, “What do we want to contribute?” or “How to make the world better?” keep coming back and we need to give them some more thought.
So, we took off for a great journey around the world to learn about an amazing variety of positive contributions and then sharing the knowledge with all of you.
“The real voyage of discovery consists not in seeking new landscapes but in having new eyes." Marcel Proust
Vincent Dumestre
Charles E. Lindblom, The Market System : pour tout comprendre sur tout !

Jean Rouaud

Quelque part en Loire inférieure. Quelque temps après la guerre. L'histoire d'une famille sur laquelle le destin s'acharne et qui assiste, impuissante, à la mort rapprochée de ses membres les plus chers : le père, la tante, le grand-père, la grand-mère. A priori, rien d'original. Et pourtant, pour pouvoir dire ces morts, Jean Rouaud fait revivre cette famille avec une délicatesse et une tendresse remarquables, qui sont autant de bonheurs de lecture. Et si ses mots sonnent aussi justes, c'est parce que cette famille, c'est la sienne. L'écriture se fait souvenir et le regard de l'enfant croise celui du romancier dans une langue limpide et enjouée, avec laquelle le lecteur entre immédiatement en connivence.
Love letters A.R. Gurney

One of the most prolific contemporary American playwrights is also one of the most unusual, for Gurney's plays are populated primarily by a waning breed, fairly well-off WASPs--people in business, academia, and government who give cocktail parties, send their children to boarding schools, and serve in the military as officers. Usually, the plays are comedies, but like the comedies of Gurney's most obvious forebear, Philip Barry, author of Holiday and Philadelphia Story , they are concerned with matters of considerable moral weight, such as family and marital loyalty, conflicts of love and personality, and discrepancies between ideals and behavior. The new installments in the ongoing collection of Gurney's dramas offer thirteen plays in all. Among the seven in volume 3 are two of his most-performed works, The Cocktail Party and the two-person, read-rather-than-enacted piece, Love Letters . Of the six in volume 4, half take the cue of Love Letters ' success and are two-person or readers' plays. Their wit, sympathy, honest if often restrained emotion, and their literary distinction are Gurney hallmarks.
Pour penser
Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau
En prolégomènes, un conte...
Dans les temps heureux où les rois étoient philosophes, & s'envoyoient les uns aux autres des questions importantes pour les résoudre, il y avoit en Orient un puissant monarque, nommé Giafer, qui régnoit au pays de Sarendip. Ce prince avoit trois enfans mâles, également beaux & biens faits, qui promettoient beaucoup. Comme il les aimoit avec une extrême tendresse, il voulu leur faire apprendre toutes les sciences nécessaires, afin de les rendre dignes de lui succéder à ses états. Dans ce dessein, il fit chercher les plus habiles gens de son siècle pour leur servir de précepteurs. Quand on les eut trouvés, il les fit venir dans son palais, & leur dit qu'il les avoit choisis parmi les plus célèbres de son empire, pour leur confier l'éducation de ses enfans ; qu'ils ne pouvoient lui faire un plus grand plaisir que de les bien instruire, & qu'il en auroit toute la reconnaissance possible ; ensuite il leur assigna de grosses pensions, & donna à chacun d'eux un fort bel appartement près de celui des princes ses fils. Personne n'osoit y entrer pour leur rendre visite, de crainte de les détourner de leurs occupations. Ces hommes illustres, sensibles à l'honneur que cet auguste roi leur faisoit, n'oublièrent rien pour bien exécuter ses ordres, & pour répondre à la haute estime qu'il avoit conçue de leur mérite. Les trois jeunes princes qui avoient beaucoup d'esprit, & autant d'envie d'apprendre, que leurs maîtres en avoient de les enseigner, se rendirent, en peu de temps, très-savans dans la morale, dans la politique, & généralement dans toutes les plus belles connoissances. Ces sages précepteurs, charmés des progrès de leurs disciples, allèrent en rendre compte au roi. Il en fut si surpris, que s'imaginant que c'étoit une fiction plutôt qu'une vérité, il voulut lui-même en faire l'épreuve. Il en étoit capable, car il n'ignoroit rien de tout ce qu'un grand homme doit savoir. Il fit d'abord venir l'aîné ; & après l'avoir interrogé sur les sciences qu'on lui avoit apprises, il lui tint ce discours. Mon fils, comme je me sens chargé du poids de mes années, & du pénible fardeau de l'empire, je veux me retirer dans quelque solitude, pour ne plus songer qu'à mon repos. Dans cette résolution, je laisse à votre conduite le gouvernement de mes états, & j'espère que vous en userez toujours bien. Cependant avant que de vous quitter, j'ai plusieurs choses de conséquence à vous recommander: la première, & la plus considèrable, est d'avoir toujours la crainte des dieux dans le cœur ; la seconde, de regarder vos frères comme vos enfans ; la troisième, de secourir les pauvres ; la quatrième, d'honorer les vieillards ; la cinquième, de protéger l'innocence persecutée ; la sixième, de punir les coupables, & la dernière, de procurer à vos peuples la paix & l'abondance. Par ce moyen, vous deviendrez l'objet de leurs vœux & de leurs prières, & le ciel les exaucera, autant pour leur felicité, que pour votre gloire. Voilà, mon fils, les conseils que je vous donne ; je vous exhorte à les suivre, & si vous le faites, votre règne sera toujours heureux.
Ces paroles ayant extrêmement surpris ce jeune prince : Seigneur, lui dit-il, je suis très-obligé à votre bonté paternelle de l'offre qu'elle me fait, & des conseils qu'elle me donne: mais que diroit-on, & quel blâme ne meritois-je pas, si j'acceptois le gouvernement de de votre empire pendant que vous vivez ; d'ailleurs comme je sais qu'il n'y a point de météores qui surpasse l'éclat des astres, ni de chaleur qui égale celle du soleil, je suis persuadé qu'il n'y a personne plus capable de gouverner vos états que vous-même, puisque vous en êtes la force & l'ornement tout ensemble. Je serai toujours prêt à vous faire connoître, par mes soins & par mon obéissance, la soumission que j'aurai toute ma vie pour vos ordres ; mais dans cette occasion, je supplie très-humblement votre majesté de bien vouloir m'en dispenser. Si votre décès précédoit le mien, ce que je ne souhaite pas, j'accepterois pour lors votre empire, pourvu que vous m'en jugeassiez digne, & je le gouvernerois suivant les bons avis que vous venez de me donner ; je ferois tout mon possible pour n'en rien omettre, & pour faire voir à tous vos peuples que je n'ai point de plus forte passion que celle de vous imiter.
La réponse judicieuse de cet aimable prince donna beaucoup de satisfaction au roi, qui ayant reconnu, par cette première épreuve, la capacité & le bon naturel de son fils, ne douta point qu'il n'eût un jour toutes les qualités nécessaires pour lui succéder glorieusement. Cependant, il dissimula sa joie, & lui dit, d'un air sérieux, de se retirer, à dessein de faire la même expérience sur les deux autres princes ses fils. Il commença par faire venir son puîné, & s'étant servi du même discours qu'il venoit de faire, ce jeune prince lui répondit de cette manière. Seigneur, si le ciel exaucoit mes désirs, vous seriez immortel. Vous devriez l'être, non seulement pour le bonheur de vos peuples, mais encore pour celui de vos enfans, puisque jamais prince n'a été plus grand, plus généreux, & plus magnanime que vous ; ainsi, jouissez toujours d'une santé parfaite, & d'un empire que vous gouvernez avec tant de sagesse, de prudence, & de bonté. A mon égard, seigneur, je n'en suis nullement capable, cela ne serviroit qu'à faire voir ma foiblesse, & à me combler de confusion plutôt que d'honneur. Si une petite fourmi sortoit présentement de sa demeure, seroit-elle digne de gouverner vos états? Que suis-je autre chose qu'une petite fourmi sans force & sans adresse? Il faut infiniment plus de mérite & de génie que je n'en ai, pour régir & administer votre empire ; d'ailleurs mon frère aîné est plein de vie & de santé, ; c'est à lui qu'appartiennent vos états après vous, & mon cadet & moi, nous n'avons d'autre droit à espérer, que les apanages que votre justice & votre bonté voudront bien nous accorder.
Cette sage réponse ne causa pas moins de de plaisir au roi que la précédente ; il remercia les dieux de lui avoir donné deux enfans d'un caractère si doux & si raisonnable. Il fit retirer celui-ci, pour faire venir son cadet, & lui tint le même discours qu'il avoit fait à ses deux autres fils. Ce jeune prince, surpris, & comme interdit de cette proposition, garda un moment le silence, & ensuite il répondit en ces termes: Comment, seigneur, pourrois-je, dans un âge si peu avancé, accepter une dignité si importante & si difficile à remplir? Je connois trop mon insuffisance, pour ne me pas faire justice: je ressemble à une petite goutte d'eau, & votre empire à une grande & vaste mer ; il faudroit avoir un esprit aussi étendu que le vôtre, pour gouverner dignement: je vois bien seigneur que vous voulez m'éprouver ; mais je me donnerai bien de garde de monter si haut, de crainte d'un sort semblable à celui du malheureux Icare ; sa punition vint de sa témerité, & ma peine naîtroit de l'injustice & du mauvais naturel que j'aurois de vouloir être preféré à mes frères: aux dieux ne plaise, seigneur, que cela n'arrive jamais. Cette prudente réponse étonna le roi, & ayant trouvé dans ce jeune prince autant d'esprit & de sagesse qu'il en avoit remarqué dans ses frères, il fut convaincu des progrès qu'ils avoient faits dans les sciences. Cependant il ne voulut pas s'en tenir là, il résolut de les rendre encore plus accomplis ; & pour cet effet, de les envoyer voyager par-tout le monde, afin d'apprendre les mœurs & les coutumes de chaque nation. Dans ce dessein ; il les fit venir le jour suivant, & feignant d'être en colère contre eux de ce qu'ils avoient refusé l'administration de ses états, il leur adressa ces paroles.
Après les soins que j'ai eus de vous, & de vous donner les plus habiles gens du monde pour vous instruire parfaitement, j'avois lieu d'espérer de votre part une entière obéissance ; mais comme il me paroît que vous n'êtes pas encore assez instruits de vos devoirs, il faut que vous alliez achever de les apprendre dans les pays étrangers. Je vous prie donc de sortir dans quatre jours de ma cour, & dans quinze de mon empire, avec défense d'y revenir sans ma permission.
Les princes, qui ne s'attendoient pas à un pareil ordre, en furent très-surpris: ce n'est pas que le plaisir de voyager n'eût pour eux beaucoup de charmes, & qu'ils ne souhaitassent de tout leur cœur ; mais aimant le roi au point qu'il faisoient, ils ne pouvoient s'en éloigner de cette manière, sans un extrême chagrin. Ils firent donc tout leur possible pour ne le pas quitter si-tôt ; cependant, voyant qu'il vouloit absolument être obéi, ils partirent dans le temps prescrit, avec un équipage fort modeste, & sous des noms déguisés. Quand ils furent hors de leurs états, ils entrèrent dans ceux d'un grand & puissant empereur, nommé Behram. Comme ils continuoient leur route pour se rendre à la ville impériale, ils rencontrèrent un conducteur de chameaux, qui en avoit perdu un ; il leur demanda s'ils ne l'avoient pas vu par hasard. Ces jeunes princes, qui avoient remarqué dans le chemin les pas d'un semblable animal, lui dirent qu'ils l'avoient rencontré, & afin qu'il n'en doutât point, l'aîné des trois princes lui demanda si le chameau n'étoit pas borgne ; le second, interrompant, lui dit, ne lui manque-t'il pas une dent? & le cadet ajouta, ne seroit-il pas boiteux? Le conducteur assura que tout cela étoit véritable. C'est donc votre chameau, continuèrent-ils, que nous avons trouvé, & que nous avons laissé bien loin derrière nous.
Le chamelier, charmé de cette nouvelle, les remercia bien humblement, & prit la route qu'ils lui montrèrent, pour chercher son chameau: il marcha environ vingt-milles, sans le pouvoir trouver ; en sorte que, revenant fort chagrin sur ses pas, il rencontra le jour suivant les trois princes assis à l'ombre d'un plane, sur le bord d'une belle fontaine, où ils prenoient le frais. Il se plaignit à eux d'avoir marché si long-temps sans trouver son chameau ; & bien que vous m'ayez donné, leur dit-il, des marques certaines que vous l'avez vu, je ne puis m'empêcher de croire que vous n'ayez voulu rire à mes dépens. Sur quoi le frère aîné prenant la parole: Vous pouvez bien juger, lui répondit-il, si, par les signes que nous vous avons donnés, nous avons eu dessein de nous moquer de vous ; & afin d'effacer de votre esprit la mauvaise opinion que vous avez, n'est-il pas vrai que votre chameau portoit d'un côté du beurre, & de l'autre du miel, & moi, ajouta le second, je vous dis qu'il y avoit sur votre chameau une dame ; & cette dame, interrompit le troisième, étoit enceinte: jugez, après cela, si nous vous avons dit la vérité?
Le chamelier, entendant toutes ces choses, crut de bonne foi que ces princes lui avoient dérobé son chameau: il résolut d'avoir recours à la justice ; & lorsqu'ils furent arrivés à la ville impériale, il les accusa de ce prétendu larcin. Le juge les fit arrêter comme des voleurs, & commença à faire leur procès.
La nouvelle de cette capture étant arrivée aux oreilles de l'empereur, le surprit, il en fut même très-faché, parce que, comme il apportoit tous les soins possibles pour la sûreté des chemins, il vouloit qu'il n'y arrivât aucun désordre. Cependant ayant appris que ces prisonniers étoient de jeunes gens fort bien faits, & qui avoient l'air de qualité, il voulut qu'on les lui amenât. Il fit venir aussi le chamelier, afin d'apprendre de lui, en leur présence, comment l'affaire s'étoit passée. Le chamelier la lui dit ; & l'empereur jugeant que ces prisonniers étoient coupables, il se tourna vers eux en leur disant: vous méritez la mort, néanmoins comme mon inclination me porte à la clémence plutôt qu'à la sévérité, je vous pardonnerai si vous rendez le chameau que vous avez dérobé ; mais si vous ne le faites pas, je vous ferai mourir honteusement. Quoique ces paroles dussent étonner ces illustres prisonniers, ils n'en témoignèrent aucune tristesse, & répondirent de cette manière.
Seigneur, nous sommes trois jeunes gens qui allons parcourir le monde pour savoir les mœurs & les coutumes de chaque nation ; dans cette vue, nous avons commencé par vos états, & en chemin faisant nous avons trouvé ce chamelier qui nous a demandé si nous n'avions pas rencontré par hasard un chameau qu'il prétend avoir perdu dans la route ; quoique nous ne l'ayons pas vu, nous lui avons répondu en riant, que nous l'avions rencontré, & afin qu'il ajoutât plus de foi à ces paroles, nous lui avons dit toutes les circonstances qu'il vous a rapportées: c'est pourquoi, n'ayant pu trouver son chameau, il a cru que nous l'avions dérobé ; &, sur cette chimère, il nous a fait mettre en prison. Voilà, seigneur, comme la chose s'est passée ; & si elle ne se trouve pas véritable, nous sommes prêts à subir avec plaisir tel genre de supplice qu'il plaira à votre majesté d'ordonner.
L'empereur ne pouvant se persuader que les indices qu'ils avoient donnés au chamelier se trouvassent si justes par hasard, je ne crois pas, leur dit-il, que vous soyez sorciers ; mais je vois bien que vous avez volé le chameau, & que c'est pour cela que vous ne vous êtes pas trompés dans les six marques que vous en avez données au chamelier: ainsi, il faut ou le rendre ou mourir. En achevant ces mots, il ordonna qu'on les remît en prison, & qu'on achevât leur procès.
S'il n'y en avait qu'un...

Edith Wharton, The House of Mirth
"The heart of the wise is in the house of mourning; but the heart of fools is in the house of mirth" warns Ecclesiastes 7:4, and so does the novel by Edith Wharton that takes its title from this call to heed. New York at the turn of the century was a time of opulence and frivolity for those who could afford it. But for those who couldn't and yet wanted desperately to keep up with the whirlwind, like Wharton's charming Lily Bart, it was something else altogether: a gilded cage rather than the Gilded Age.
One of Wharton's earliest descriptions of her heroine, in the library of her bachelor friend and sometime suitor Lawrence Selden, indicates that she appears "as though she were a captured dryad subdued to the conventions of the drawing room." Indeed, herein lies Lily's problem. She has, we're told, "been brought up to be ornamental," and yet her spirit is larger than what this ancillary role requires. By today's standards she would be nothing more than a mild rebel, but in the era into which Wharton drops her unmercifully, this tiny spark of character, combined with numerous assaults by vicious society women and bad luck, ultimately renders Lily persona non grata. Her own ambivalence about her position serves to open the door to disaster: several times she is on the verge of "good" marriage and squanders it at the last moment, unwilling to play by the rules of a society that produces, as she calls them, "poor, miserable, marriageable girls.
Lily's rather violent tumble down the social ladder provides a thumbnail sketch of the general injustices of the upper classes (which, incidentally, Wharton never quite manages to condemn entirely, clearly believing that such life is cruel but without alternative). From her start as a beautiful woman at the height of her powers to her sad finale as a recently fired milliner's assistant addicted to sleeping drugs, Lily Bart is heroic, not least for her final admission of her own role in her downfall. "Once--twice--you gave me the chance to escape from my life and I refused it: refused it because I was a coward," she tells Selden as the book draws to a close. All manner of hideous socialite beasts--some of whose treatment by Wharton, such as the token social-climbing Jew, Simon Rosedale, date the book unfortunately--wander through the novel while Lily plummets. As her tale winds down to nothing more than the remnants of social grace and cold hard cash, it's hard not to agree with Lily's own assessment of herself: "I have tried hard--but life is difficult, and I am a very useless person. I can hardly be said to have an independent existence. I was just a screw or a cog in the great machine I called life, and when I dropped out of it I found I was of no use anywhere else." Nevertheless, it's even harder not to believe that she deserved better, which is why The House of Mirth remains so timely and so vital in spite of its crushing end and its unflattering portrait of what life offers up. --Melanie Rehak
Philippe Beaussant, Mangez baroque et restez mince

" Il y a longtemps que je quête, à la sortie des concerts, dans les lieux de musique, au cours des repas qui rythment les sessions de travail et les répétitions. Je surveille les conversations. Tout à coup, je bondis : "De quoi parliez-vous ? De la ratatouille niçoise ? Des grenouilles à la poulette ? Comment ! Vous dites que vous faites la soupe à l'oignon au vin ? Vous vous êtes régalé chez un tel ? Qu'avez-vous mangé ? Dans votre pays, que mange-t-on ?" Une sorte de KGB, pour tout dire. Un Intelligence Service Gastronomique (ISG, 2e bureau). Cela a duré des années, et je crois qu'on avait fini par ne plus y croire. Voilà, c'est fait. Je livre ici quelques-uns des secrets des uns et des autres, dans le plus grand désordre. Quel ordre aurais-je pu choisir ? D'abord les secrets des chefs d'orchestre, puis ceux des clavecinistes, des violistes ? Ou bien les entrées, la viande, les desserts ? ou bien l'ordre alphabétique ? J'ai préféré prendre le mot ordre comme l'entend François Couperin, c'est-à-dire un désordre organisé. Je sais que ce livre n'est qu'un début. A peine aura-t-il paru, que les messages et les missives vont pleuvoir, et m'apporter des trésors de réflexion, de goût et d'art. C'est pourquoi ce livre aura, je l'espère, de multiples rééditions, de plus en plus volumineuses et de plus en plus alléchantes ! "



